Côte d’Ivoire / Boissons artisanales : La mort vendue à petits prix dans les rues

koutoukou

Des variétés de boissons frelatées sont consommées chaque jour dans les cabarets et autres débits de boissons qui pullulent à Abidjan et à l’intérieur du pays.

Dans tous les coins d’Abidjan, des lieux de boissons artisanales poussent comme des champignons. Sans dosage précis et fabriqués dans des conditions sanitaires laissant à désirer, ces breuvages constituent un danger pour les consommateurs qui en raffolent surtout pour le coût à portée de toutes les bourses.

« Koutoukou », « Kindjouss », liqueurs en sachet… Des variétés de boissons frelatées sont consommées chaque jour dans les cabarets et autres débits de boissons qui pullulent dans la capitale économique ivoirienne et à l’intérieur du pays.

Très prisées dans les quartiers défavorisés

Moins chers et rapides à rendre ivre le consommateur d’où l’appellation de « raccourcis », ces liqueurs sont très prisées par les populations ivoiriennes notamment les plus démunies.

C’est à juste titre que l’on trouve régulièrement des lieux de vente de ces boissons artisanales dans les quartiers populaires de Yaoséhi, Kpinbli, Gbinta à Yopougon, Colombie au 2 Plateau (Cocody)… pleins de monde. Ces boissons frelatées ou d’imitation, qui proviennent notamment des pays de la sous-région, ou fabriquées sur place par des structures clandestines souvent avec du méthanol fabriquées ont ainsi conquis le marché des boissons alcoolisées en Côte d’Ivoire.

C’est également le cas, au Togo, Ghana, Bénin, au Cameroun et autres Etats africains. A Mindourou et Abong-Bang, au Cameroun, 21 personnes ont récemment perdu la vie après avoir consommé « l’odontol », une boisson locale très alcoolisée. 22 autres sont présentement hospitalisées pour avoir ingurgité cette liqueur.

En mars-avril 2001 en Côte d’Ivoire, 19 personnes sont mortes après avoir consommé des liqueurs d’imitation de marques Pastis 45 et Whisky JB.

Un fait macabre qui pourtant ne semble pas décourager les férus de boissons frelatées. La consommation des boissons artisanales au coût très accessibles car vendues à partir de 50 ou 100 FCFA constituent un véritable problème de santé publique. Elle cause 3,3 millions de décès chaque année dans le monde.

Des chiffres que la Côte d’Ivoire contribue à accroître certainement même si des statistiques ne sont disponibles. Ici, des maladies du foie, tuberculose et autres infections pulmonaires sont enregistrées dans le rang des inconditionnels consommateurs.

Négligents quant à leur santé, ces derniers fréquentent rarement voire quasiment jamais les centres de santé. Une attitude qui empire les cas des malades, favorise la transmission des maladies à d’autres personnes. Au final, de nombreux morts sont enregistrés.

L’Etat peut y remédier…

Des victimes à mettre au compte certes de boissons artisanales telle le Koutoukou mais aussi à celui des liqueurs frelatées en bouteilles, berlingot ou sachets au nom très évocateurs comme Striker, Calao, Zed, Mapouka, la Joie, Amour profond ou Désir…

Pour bon nombre d’Ivoiriens, si ce genre d’alcools prolifère, c’est en partie à cause du coût sans cesse grandissant des bières et autres boissons. En l’espace de deux ans, les prix des produits des brasseries locales ont connu une augmentation considérable qui n’est pas du goût des populations résignées à se tourner vers les boissons frelatées .

En cette période de fête de fin d’année où la consommation d’alcool est accrue, les difficultés financières de certaines familles les conduiront inévitablement vers ces breuvages dangereux.

Au-delà des campagnes de sensibilisation sur le fléau qui se font de plus en plus rares, un allègement des taxes imposées aux brasseries qui permettrait certainement de réduire les coûts des boissons conventionnelles serait alors une démarche louable de la part de l’Etat pour lutter contre la consommation des liqueurs frelatées.

Cyrille Leverbe / Laseve.info

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